mardi 24 mars 2015

Recyclage


 
Qu’il soit de porcelaine ou de terre ou  bien d’ambre,
Il est trop délaissé, le pauvre pot de chambre !
Il s’écrie : c’est un vrai manque de pot,
J’aurais pu naître éléphant ou chapeau,
Ou j’aurais pu orner un pied de ballerine,
Il fallait que je serve à recueillir l’urine !
Je vous fais grâce enfin de la constipation,
Des péteurs acharnés, des jets à réaction,
Moi qui aurais aimé – où avais-je la tête ?
Vivre comme un esthète.
Et le pire aujourd’hui est qu’on m’a oublié
Avec de vieux rideaux dans le fond d’un grenier.
Déjà, quand je servais, cela manquait de grâce
D’être toujours celui auprès de qui l’on passe
Et sur qui on s’assied lorsque vient le besoin.
Certes, je n’étais pas l’objet de tous les soins,
Mais j’avais mon utilité, quoi qu’on en dise.
Lorsqu’on venait à moi quand la nuit était grise ;
On rêvait quelquefois, on me parlait tout bas,
En croyant bien à tort que je n’entendais pas.
Combien vous m’avez fait de tendres confidences
Quand vous veniez vous soulager après la danse.
J’entendais vos émois entre deux pets sonores,
Mais personne à présent, personne ne m’honore.
Ah ! Je rêve d’un jour où un preux chevalier
D’un geste aventureux viendra me réveiller.

Ou peut-être un beau jour, un malin antiquaire
Astiquera mes flancs, m’emmènera pour faire
Le beau, porte de Clignancourt. Ah ! Quel bonheur !
Je servirai peut-être alors de pot de fleurs.

lundi 16 mars 2015

beaucoup de bruit pourquoi?


Armel Bazin                                                                                                                                                                                                                                   Le 16 mars 2015

Le Moulin de la Vallière

37380 Reugny

 

 

Madame,

J’ai reçu dernièrement une sollicitation de l’association « la manif pour tous » accompagnée d’une lettre signée par vous qui a retenu mon attention. La fameuse loi dite Taubira m’a en effet rendu perplexe. Je ne voyais pas pourquoi la bonne conscience de quelques milliers de citoyens entraînait la modification de notre code civil. J’aurais de ce fait été tenté de soutenir ceux qui la combattent s’il n’y avait eu cette « manif pour tous » qui traînait autour d’elle je ne sais quel parfum délétère. La première militante contre le mariage homosexuel, madame deux doigts, s’était pour la circonstance métamorphosée de nymphomane en dame patronnesse. Vous êtes mieux dans le rôle de la conservatrice attachée à la structure passée de la société, particulée par surcroît, une parfaite représentante de votre classe sociale.

On sent dans vos arguments des relents de rejet, voire de haine, envers celles et ceux qui vivent différemment. Les homophobes ont fait bien du tort à votre cause. Je ne saurais en aucun cas mêler mes gestes, mes propos et mon argent à ceux des porteurs de mépris et de haine. Me direz-vous, rien dans vos propos ne sous-entend pas ces sentiments déplaisants. Vous conviendrez avec moi que l’exclusion et le rejet font partie de l’arsenal de vos soutiens. S’il m’est difficile d’accepter le mariage homosexuel, je préfère encore cette voie à la solution, peu chrétienne à mon sens, de ceux qui veulent le maintien des règles discriminatoires.

Que la loi Taubira trouve son accomplissement dans l’acceptation de la PMA et de la GPA, c’est sans doute le cas. Vos amis proclamaient que plutôt que d’avorter, il fallait développer des structures d’accueil pour les enfants non désirés. N’est-ce pas un peu semblable : ces enfants nés sans père, sans mère, ou avec trop de pères ou de mères, peut-être faut-il les aimer avant tout. Votre discours sur les enfants heureux avec un père et une mère ne me convainc pas. Je connais un peu les gens « de bonne famille », assez pour savoir combien ils ont peur de tout changement. Alors, je me secoue pour échapper à la part de mon éducation rigide et frileuse. Ce n’est pas toujours facile, croyez-le. Il est souvent plus confortable de se draper dans ses certitudes et de refuser d’ouvrir les yeux ou de réfléchir.

Pardonnez, madame, ma lettre un peu polémique. Je me demande pourquoi une femme jeune et jolie, sur le berceau de laquelle les bonnes fées se sont sans doute penchées, se lance dans une telle aventure. Pourquoi s’en prendre aux homosexuels plutôt que défendre les femmes battues ou les enfants martyrs, voire les immigrés chassés par tous. Quelle blessure, quelle assurance d’être dans son droit, quelle morgue ?

Je vous présente, madame, mes hommages respectueux.

Armel Bazin

dimanche 15 mars 2015

Marple is not Marble



La malade qui raconte mes aventures semble penser que je demeure insensible à tout. Elle ignore, cette mal baisée, que moi aussi j’ai des émois, que je ne reste pas indifférente aux charmes des vieux messieurs et parfois même à ceux d’hommes plus alertes. Tenez, l’autre jour, je me trouvais à Sainte Mary Mead, à côté du superintendant Jones. Quel beau garçon, celui-là ! Il porte l’uniforme avec une prestance inouïe. Je me tenais à côté de lui sans rien oser dire. Quand il parlait, j’en étais remuée au tréfonds de mon être. Je sentais palpiter mes viscères et en oubliais toute décence. Madame Simpson, la femme du major, que tout accusait, m’a regardée avec des yeux inquisiteurs, comme s’ elle n’avait jamais été amoureuse. Jones, pourtant, n’a pas, je crois, encore atteint la quarantaine. Ses moustaches se dressent pour un oui ou pour un non, et j’imagine que tout son être est à ce moment saisi d’une vigueur nouvelle. Ma poitrine, ma grosse poitrine que la plupart des gens imaginent paisible et inerte, se durcit soudain et les tétons se dressent, me causant un vif désarroi, tant je redoute qu’on remarque autour de moi le trouble dans lequel je me confonds.

Jones ouvre la bouche et livre à l’assistance ses conclusions. Chaque mot de lui me fait frissonner, j’aime la tonalité de sa voix, ses suaves modulations ; j’aime sa retenue, la pudeur de ses sentiments. On a beau me faire passer pour une vieille fille ménopausée, je tressaille à chacune de ses inflexions. Il ne jette pas sur moi un seul regard mais je sais bien que c’est pour m’épargner la honte de voir ainsi livrées à la foule indigne des inclinaisons dont la délicatesse ne saurait être comprise du vulgaire. Il ne me regarde pas un instant, mais je sais qu’il ne pense qu’à moi. Quand il dit à Lady Bracknell : Vous avez des choses à me dire, je sais bien qu’en réalité il s’adresse à moi. Et comme lui aussi, par jeu, a renoncé à me parler directement, je n’ai pas répondu à son invite pour pressante qu’elle fût. Les battements de mon cœur devaient à cet instant atteindre une intensité telle qu’il ne pouvait les ignorer. D’ailleurs, j’ai vu ses joues se couvrir soudain d’un rose vif, qui m’a évoqué aussitôt l’étal de Marks, notre boucher. Ses yeux se brouillaient, sa main tremblait.

Jones, vous êtes mien, lui disais-je en silence, et j’entendais qans qu’il s’exprime le superintendant me répondre : oui, miss Marple, je suis vôtre. J’aime votre présence chaude près de moi, votre parfum, j’aime l’arrondi de vos joues et de vos hanches, j’aime vos seins généreux, j’aime ce qu’on devine de votre intimité inviolée. Miss Marple, je vous veux mienne. Venez me rejoindre au commissariat. Je vous prendrai dans mon bureau, sur mon bureau. Nous connaitrons tous deux une extase que les humains ordinaires ignorent. Daisie chérie(c’est mon deuxième prénom), jamais avec nulle autre je n’ai rencontré pareille harmonie, nous allons enfin partager le plaisir absolu et vivre dans le bonheur.

Alors, je me sentis légère. Les années disparaissaient. J’avais vingt ans, tout m’était possible. Je jetai à Lady Bracknell un regard méprisant : vile créature, vous ignorez ce qu’aimer veut dire. Moi seule connaît le secret de ce moment d’exception. Nous n’appartenons pas à la même race. Je me sentais pour l’heure l’égale des dieux. Jones continuait à parler et chacun de ses mots me conduisait au paradis bien que mes transes m’interdissent d’en percevoir le sens.

Combien de temps dura mon extase, je ne saurais le dire. Tout à coup, j’entendis « Eh ! Bien, Miss Marple, qu’avez-vous à ajouter ? » Je repris conscience et la réalité me parut bien terne. J’étais assise dans le salon du major, un vieux militaire engoncé dans sa fatuité, ,dont la femme, de vingt ans plus jeune, était soupçonnée d’avoir empoisonné la femme du pasteur. Lady Bracknell, une aristocrate acariâtre ridicule qui dirigeait en fait la paroisse, l’avait surprise dans les bras du prélat. Par parenthèse, je tiens à préciser que ce dernier n’avait guère d’atout pour prétendre au titre de Mr Sainte Mary Mead. Il fallait que la femme du major eût bien des insatisfactions conjugales pour se consoler avec l’ecclésiastique.

J’avais des doutes quant à la culpabilité de la femme du major. Je la regardai au fond des yeux pour lui demander :

-          Mais comment pouvez-vous aimer un tel avorton ?

Elle répondit avec les intonations de l’innocence :

-          Mais enfin, je ne l’aime pas ; je ne l’ai jamais aimé !

Lady Bracknell, drapée dans son autorité naturelle, lui jeta :

-          Je vous ai pourtant vue dans ses bras !

La pauvre femme se mit à pleurer, preuve de son innocence. C’est alors que le pasteur, resté muet jusqu’alors, prit la parole :

-          C’est vrai qu’elle n’a pas répondu à mes avances.

Des exclamations fusèrent :

-          Mais alors, qui l’a tuée ?

-          Ce n’est pas possible !

-          Oh ! La pauvre !

Sans qu’on sût jamais de qui il s’agissait. Lady Bracknell, plus noble que jamais, nous avoua alors l’incroyable vérité :

-          Eh ! Bien, c’est moi qui ai tué l’exécrable femme du pasteur. Elle ne voulait pas accorder à son mari la liberté de m’épouser.

Là, je dois le dire, je suis restée comme deux ronds de flan.

lundi 23 février 2015

Cami Salobres

J'habite earrer Cami Salobres pour le mois. Et j'ai imaginé la biographie de ce Cami Salobres: un espagnol né en 1872 et mort en 1927. Un matcho quo consommait les femmes sans les aimer vraiment, un soutien se la monarchie et de l'église, Un homme dont personne ne se souviendrait s'il n'y avait sa rue à El Verger.

les silences d'Oliver

Le beau testament d'Oliver Sacks, traduit par mes soins, comporte deux lacunes qui m'intriguent.
En premier lieu, il n'y est jamais fait allusion à une quelconque vie après la mort. Dans un pays aussi religieux que les Etats-Unis, c'est surprenant. Je dois dire que j'admire ce détachement de toute croyance irrationnelle. Je ne pense pas être capable d'une telle liberté de penser. Je me sens conditionné par mon éducation et la pensée ambiante. Mais tous comptes faits, il s'agit là d'une admiration de ma part.
L'autre "oubli" concerne la descendance. J'ignore si Oliver Sacks a eu des enfants, car il n'y fait jamais allusion et je pense qu'en rédigeant min testament, je ne pourrais me retenir de faire une place à part à mes quatre fils et leurs enfants.
Faut-il en conclure qu'Oliver Sacks a un solide fond d'égoïsme, qu'il vit détaché de tout lien fort  avec ses semblables? Je n'en suis pas sûr. Je pourrais pousser ma quête d'informations plus loin pour savoir si oui ou non il a eu des enfants, mais en définitive, ce flou artistique me plaît davantage; j'ai toujours méprisé ceux qui veulent à tout prix savoir si Alphonse a conclu avec Julie Charles. Le mystère fait partie de la vie!

dimanche 22 février 2015

chère et curieuse amie



Tu veux savoir à quoi je passe le temps ici. Tu ne vas pas être déçue. Je m’éveille vers 8h, prends mes médocs et mon petit déjeuner, copieux : œuf à la coque, yaourt, fruit, café, tartines. Puis, je me recouche en regardant télématin, une émission à laquelle je suis fidèle depuis une vingtaine d’années et souvent me rendors. Puis, je me lève à nouveau. Tu remarqueras au passage que, comme Louis le quatorzième du nom, je procède à un petit lever et à un grand lever. Je m’habille sans passer par la case salle de bains, car je pars marcher deux heures. De retour, bain, déjeuner pas trop chargé, arrosé d’un verre de vin. Puis, sieste, le moment le plus agréable, puis, je repars marcher et accomplis des travaux légers, du genre écrire des cartes postales. Il m’arrive d’aller à midi et demie à la piscine nager 500m. Ensuite, je regarde des jeux plus ou moins amusants à la télévision, comme Questions pour un champion, je prends l’apéro, j’oublie régulièrement mes médocs du soir, on dîne et on regarde la télévision quand le programme s’y prête. Sinon, je vais lire ou faire des mots croisés. Ne me dis pas que c’est une honte de ne rien faire comme ça, je le sais et ai voulu ce moment d’inanité.

Le pays ici est plutôt plaisant à regarder, des collines qui longent la côte. Celle-ci a été entièrement envahie par des petites maisons de vacances. Le tourisme semble la première ressource du lieu. En février, il n’y en a pas trop. Juste quelques couples de retraités, en majorité allemands.

Les gens, ici, n’entretiennent pas le paysage : au milieu du village, d’immenses terrains vagues avec des roseaux, des cactus, des plastiques et bouteilles vides.

A deux cents mètres de ma maison, deux magasins : un bazar chinois où on peut trouver de milliers d’objets dont le prix oscille entre 50 centimes et 5 euros. J’ai trouvé aux environs d’autres souks de ce type et me demande comment il se fait que les commerçants chinois n’aient pas encore envahi le Val de Loire.

Voilà. La journée d’un paresseux ; Un mois  de pure jouissance dans ma vie.

rêve du créateur

cette nuit, Max, j'ai rêvé de surprenantes aventures. Je fréquentais des hommes d'affaires, parmi lesquels des femmes qui n'étaient pas les moins féroces. Chacun, chacune cherchait à faire tomber les autres. Un gros homme s'intéressait à un plus jeune (moi?), un journaliste auteur d'un livre indiscret sur les puissants. Le gros magnat disait: faites-le venir, son prochain livre tirera à 80 millions d'exemplaires. Je vais faire sa fortune. le jeune homme avait eu une coucherie avec une fort jolie femme qui ne voulait pas lui ouvrir sa porte. Le garçon employait un subterfuge en faisant demander à des enfants d'entrer. Il en profitait pour se rendre auprès de la femme et lui extorquer un  rendez-vous pour le lendemain, sans pour autant être sûr qu'elle tiendrait sa promesse. Puis, il allait se promener avec un copain pour le faire parler tout en restant très prudent. Il revenait alors dans un hôtel où se trouvait le gros homme d'affaires et entreprenait de le masturber jusqu'à ce que le sperme souille ses mains. le vieux, satisfait, quittait la pièce et revenait en disant qu'un photographe de "Vite" avait pris quatre clichés. "Ce n'est pas grave, le journal m'appartient", disait-il, "mais ça m'a coûté cher".
- Eh! Bien, à votre place, je ne m'en vanterais pas! Vous savez ne rien pouvoir me cacher, et c'est sans aucun risque que vous m'avouez vos turpitudes. Mais vos rêves montrent assez quelles bassesses vous êtes prêt à accomplir.
- Naïf que tu es! Tous les humains commettent d'abominables forfaits en rêve. Celui-là n'était qu'une amusette.
- Et comment voulez-vous que je le sache? Ce que je connais du monde, c'est de vous que je le tiens. Et vous n'êtes pas généreux en confidences!
-Tu es injuste. Je m'efforce de te faire connaître le plus de ressorts cachés de l'âme des hommes pour te rendre crédible aux yeux du lecteur.